GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

« It’s Christmas Day mate! »

Je me souviens, en 2014, Christa et Peter m’avaient invitée à passer les fêtes de fin d’année en leur compagnie dans  New-Hampshire. L’année d’après, c’est par -35°C que Juliette et moi passions Noël chez Nikki et Allan, nos merveilleux hôtes dans la Saskatchewan. Cette année, je suis … en Nouvelle-Zélande !

Quand j’y repense, petite, Noël a toujours était une occasion de partager de beaux moments en famille, dans la maison familiale de mes grand-parents. Il y avait un sapin, une crèche (faite à la main chaque année), des bougies, des cadeaux, des tenues soignées et des lumières jusque dans les regards. Le feu crépitait dans la cheminée et on partageait un repas beaucoup trop copieux sans compter les 13 desserts traditionnels du pays de Papy (la belle Provence). On veillait tard. On se racontait des histoires. C’était chaleureux et pétillant.

Cette année, en Nouvelle Zélande, les repères changent du tout au tout. Dans ma dernière Newsletter, je t’avais promis un 25 Décembre à 25 degrés, mais au pays du long nuage blanc, on s’est finalement couverts d’une petite laine pour l’occasion et apprécié jambon et dinde de Noël dehors, mais sous un ciel nuageux et un temps plutôt frais pour la saison.

Chez Virginia et Paul nous avons « fait » le sapin le 22 décembre et emballé les cadeaux à la dernière minute. Une station de Radio FM nous permet d’écouter des chants de Noël du matin au soir … histoire de créer une ambiance « christmasy ». Les courses sont faites au dernier moment : l’avant veille ou même le 24, dans la journée. Dans les magasins et centres commerciaux, « Noël » est relégué dans un petit coin aménagé, artificiellement enneigé de confettis de plastique, pour que les petits kiwis puissent emporter chez eux la photo prise avec leur idole, le Père Noël, qui n’est autre que Richard, Jean ou peut être même Julie qui doit suer comme un cochon sous sa fausse barbe blanche et son costume rouge… ben oui, je te rappelle quand même que dehors il fait 27°C. « la magie de Noël » perd un peu de sa superbe, mais on fait bonne figure devant l’objectif. « CHEESE ! »

Le 25 au matin j’arrive avec un panier de douceurs, confectionnées la veille par mes soins, à partager avec la famille et les amis des mes hôtes que nous retrouverons tout au long de la journée. 

10h00 : c’est brunch chez Beck avec toute une ribambelle d’amis, mais à 9h30, Scout arrive en courant « MAMAN! MAAAAMAAAAN! VITE, MAMAN !!!». Misère : l’un des 3 canetons que ses parents lui ont offerts la veille vient de s’échapper de son enclos … Et devine qui est réquisitionné pour chercher, à 4 pattes, le jour de Noël, dans le parc tropical de la propriété, un caneton de 10 cm qui se planque quelque part sur les 9 hectares de forêt ? C’est bibi !!! 

On imagine le pire. La pauvre petite bête s’est probablement faite dévorée par les anguilles du lac qui se trouve à une cinquantaine de mètres. Les yeux de Scout se remplissent de larmes ; la petite est inconsolable. Virginia, Paul et moi acceptons la mission (impossible) : retrouver l’oisillon qu’on entend mais qu’on ne voit pas au travers de la densité de plantes. Au bout d’une demie-heure, le maquillage coulant, les mains pleines de terre, les cheveux recouverts de toiles d’araignées, on met ENFIN la main sur le caneton disparu. Alors que Scout prend soin de bien fermer leur cage et de replacer ses 3 nouveaux jouets vivants en sécurité, nous 3 sommes prêts pour se refaire une petite beauté avant de prendre la route pour bruncher … chez Beck où, vers 11h, entre amis, se partage bacon, oeufs et toasts et, une coupe de champagne à la main nous admirons la vue. Le salon donne directement sur l’eau turquoise de la piscine et les reliefs d’Auckland. Dur de croire que c’est décembre .…. et pourtant !

En tout début d’après midi on rentre pour finir les préparatifs du repas de Noël, celui qu’on partagera avec les cousins et la tante de Paul qui arrivent en milieu d’après midi. Au programme, des jeux et chasse au trésor pour les enfants ; une balade dans la forêt privée et autour du lac. Le repas, tout comme l’ambiance, est convivial. On passe tous un très bon moment. Probablement le meilleur depuis que je suis arrivée. Déjà, on se dit au-revoir ; le temps ne nous a pas permis, comme l’avait prévu Paul la veille, de faire un tour en bateau sur le lac. Dommage je m’étais levée tôt pour passer la deuxième couche de peinture sur la vieille coque en bois pour l’occasion … bon, ça sera pour une autre fois. 

Quelques jours plus tard, Virginia, Paul et leur fille me laissent les clés de la maison alors qu’ils partent en vacances une semaine dans le nord. J’ai la garde de la propriété et des animaux ; je te rappelle ici qu’il y a poules, oie, canards, canetons, chevaux, moutons, poissons, chien et chats. Si les tâches sont simples, les journées, elles, sont bien remplies puisque, en plus de la garde du zoo, je sais que Virginia souhaite peindre les menuiseries de sa nouvelle maison. J’entame le projet « ponçage » de toutes les vitres et portes des lieux. 

Je m'accorde une soirée sur Auckland pour retrouver Solène et Florian, un couple de français que j'avais rencontré au camping il y a quelques semaines et qui voyage le monde pour profiter de la vie avant de reprendre la leur. On partage un petit café en terrasse, un repas fait par le chef Florian et on se raconte nos histoires, nos voyages et nos anecdotes de voyageurs c'était très sympa!

Sept jours plus tard, ponctuelle, la famille revient. Relaxée. Bronzée. De mon côté, je suis préparée à ouvrir un nouveau chapitre de mon aventure … Le départ vers le Sud est imminent.

Dans un premier temps je snobe les annonces de fruit-picking (cueillette de fruits) pensant pouvoir « trouver mieux » … Théorie foireuse puisque, que je trouve un emploi dans la  restauration, l’hôtellerie, le service ou dans les cueillettes je serai toujours payée … le salaire minimum, qui est un chouia plus élevé que le notre, en France. Au bout de quelques jours et sans la moindre réponse, je décide de baisser mes exigences, d’élargir mes points de chutes et j’envoie sans modération CV et lettres de motivation à plusieurs entreprises à la recherche de main d’oeuvre pour la saison estivale ainsi qu’à plusieurs familles d’accueil à la recherche d’aide. Toujours pas de réponse. 

Ça commence à jouer sur mon moral. C’est la première fois que j’ai tant de mal à trouver du travail. Ce n’est qu’à 48 heures de mon départ d’Auckland, que je reçois enfin le mail inespéré … le Sésame que j’attendais depuis des jours et des jours : Karen et Clayton me confirment qu’ils peuvent me recevoir pour les aider sur leur ferme. Ils habitent dans la région du Wairarapa, à 700 kilomètres de là. Ce n’était pas prévu … Et ça, j’adore !

J’ai quelques heures pour préparer mon itinéraire. Je ne m’attarde pas. On se dit au-revoir et je file : faire le plein et réviser Duka avant le grand départ. Quelques heures et 200$ plus tard, je suis prête pour retrouver la route. Direction plein Sud ; ce Sud qui m’attire tant.

Je m’éloigne de Virginia, Paul, leur fille Scout, rencontrés 7 semaines plus tôt et m’engage confiante sur la Highway 1 qui traverse l’île du Nord au Sud. Bye-bye l’humidité d’Auckland, Hello la sécheresse estivale du Sud. La route est longue, la musique et le café me tiennent éveillée. J’apprécie tellement d’avoir retrouvé le volant, d’être à nouveau sur la route. La température est parfaite, le ciel est bleu et, à travers le pare brise, le soleil brûle déjà ma peau.

Je passe, une nouvelle fois dans des lieux que j’avais traversés avec Cédric il y a quelques mois : Le Waikato, Central Plateau, Wanganui, Hawkes Bay puis redécouvre avec bonheur le Wairarapa que nous avions découvert rapidement et qui ne nous avait pas laissé indifférents la première fois.

À 45 kilomètres de ma destination, Hinakura, je lâche les longues bandes d’asphaltes pour relier les minuscules routes secondaires du pays. La mienne se nomme Bush Gully Road. C’est une route large comme ma voiture : les branches trop grandes frottent contre les parois de Duka - l’aventure ne s’arrête jamais. Je roule, tourne, monte, descends … Il n’y a qu’une route mais j’arrive à me perdre dans les paysages vallonnés du Wairarapa. Au bout d’une bonne demie-heure je finis par trouver Aotea, la ferme de mes hôtes et fais la connaissance de Karen et Clayton avec qui je partagerai mes prochains jours. 

Tous deux Néo-Zélandais, ils vivent dans la région depuis toujours et dans cette immense maison depuis 7 ans. Sur la ferme il y a également Grégoire et Sigma. Deux allemands qui se sont rencontrés dans le Northland et qui ont décidé de voyager ensemble pour partager les frais d’essence vers le Sud. Ils sont arrivés quelques jours avant moi ; tous les trois, nous ferons équipe pour aider Karen et Clayton à la ferme.

Karen a commencé sa carrière en tant que dactylographe, puis a travaillé comme libraire avant de prendre une pause de 10 ans pour élever ses enfants. Elle est aujourd’hui professeur des écoles dans le village d’à côté. Elle n’avait jamais pensé être maitresse mais elle a eu l’occasion de se former et s’occupe désormais d’une vingtaine d’enfants âgés de 5 ans, « ses enfants » comme elle les appelle. C’est touchant.

Clayton a travaillé en tant que chauffeur poids lourd pendant des années. Le rêve de ce couple était d’avoir sa propre ferme, des animaux, son autonomie et ce rêve a pu se réaliser il y a quelques années. Aujourd’hui, Clayton élève une cinquantaine de vaches, 1500 moutons et prend soin d’une quantité indénombrables d’abeilles. Car depuis 2 ans, il s’est lancé dans l’apiculture et récolte, avec beaucoup de fermiers de la région, le miel de Manuka. Sur leur gigantesque terrain sont parsemées plus de 320 ruches et chacune produit entre 10 et 20 kilos de miel pur. Ravi de partager son métier avec nous, Clayton nous emmène découvrir ses ruches dont il prend le plus grand soin. On a même la chance de goûter au plus frais des miels possibles, récolté à la spatule à même la ruche, la seconde d’avant.

Grégoire, Sigma et moi sommes les premières personnes à venir les aider sur la ferme et clairement ça leur fait vraiment plaisir d’avoir de l’attention et de l’aide. Ils sont ravis de partager leur quotidien. C’est vraiment très touchant. 

En fin de semaine dernière, juste après le repas Clayton nous invitait à découvrir le bout de sa propriété : il est plus ou moins 19h. On ne réfléchit pas. On récupère des vêtements chauds et, ni une ni deux nous nous retrouvons à bord du quad 4X4 qu’il vient d’avancer devant la maison. Et nous voilà partis à la découverte de la campagne néo-zélandaise. Ce qu’on pensait être une balade de santé était une réelle aventure dans l’arrière pays. Clayton emprunte des chemins étroits, accidentés, à flanc de colline. On monte, on descend, on gravit la montagne sans jamais la quitter des yeux. 

Clayton pointe du doigt le mont qui s’élève juste devant nous depuis qu’on a quitté la ferme : « C’est là qu’on va » me confie t-il ! L’aventure je te dis. 

Le quad peine à porter nos 5 âmes, mais un petit coup de vent nous aide à atteindre le sommet. Sur le toit du monde -et quel monde !-  la vue est à couper le souffle. Le soleil couchant embrase le paysage d’une couleur mordorée magnifique et dévoile les reliefs vallonnés à plusieurs kilomètres à la ronde. Nous sommes à 500 mètres d’altitude, à peine plus haut que les oiseaux, qu’on peut observer planant au-dessus des fermes des environs. D’ici on voit tout. On se sent bien. Seuls au monde, dans une plénitude inattendue. Des collines et des vallons à perte de vue puis, l’infini Pacifique … qui s’étendait juste là, dernière nous. La lumière est magique, on est bouche-bée, sans mot pour décrire la beauté de ce petit paradis caché. 

La lumière diminue, nous avons juste le temps de vérifier que les ruches sont en bon état et, avant de laisser place aux couleurs de la nuit le ciel s’illumine et nous offre un dernier spectacle des plus rosés. Le quad s’arrête, on contemple : « Derrière les montagnes c’est l’île Sud » nous dit Clayton. La fin d’une île et le début d’une autre ; ça nous fait rêver. C’était une soirée magique, suspendue et inoubliable. Un instant merveilleux à rajouter dans ma besace à souvenirs, tu sais celle qui me suit et que je remplis tout au long de mon chemin.

C’est une nouvelle journée : on ponce, on peint, on désherbe, on range, on nettoie, on répare … il y a du travail mais on ne dépasse jamais les 4 heures prévues par jour. Petit à petit les travaux que nos hôtes nous avaient prévus diminuent de la liste et le sourire de Karen et Clayton s’intensifie. 

Toute la région avait des vues sur cette propriété lorsqu’elle a été mise aux enchères et c’est Karen et Clayton qui l’ont remportée. La maison date de 1914 et lorsqu’ils l’ont achetée, elle était dans un état désastreux. Un vrai chantier que, petit à petit, ils réparent et rénovent seuls. Ils ont fait un travail remarquable et nous, on est ravis de donner un coup de main à leur projet ; de les aider à embellir leur merveilleuse propriété. 

Comme je te le disais, Karen et Clayton sont tous deux originaires de la région ; ils y ont vécu la toute leur vie. Et comme tout bon néo-zélandais, ils sont aussi à l’aise sur la terre que dans l’eau. Or ici, on est à 20 minutes de la côte … et c’est tout naturellement qu’on nous emmène indifféremment tondre les moutons ou pécher la langouste - Autant te dire que des langoustes j’en ai pas vues souvent dans mes montagnes ariégeoises - Mais bon, parée de la meilleure des volontés j’enfile un short, un maillot et c’est parti pour une séance de pêche dans les eaux claires du Pacifique. 

Tous, nous montons dans le pick-up du chef et Clayton nous conduit dans son endroit préféré : au bout d’une route où aucune twingo ne passera jamais. On traverse un cours d’eau, des pâtures et 2 fermes sans jamais quitter la côte … la route est longue et les paysages grandioses. Au bout de presque une heure Clayton négocie un virage et coupe le moteur. Il sort de son pick up, enfile sa combinaison de plongée, récupère palmes, tuba et déjà le voilà dans l’eau. 

Grégoire, Sigma et moi sommes enthousiastes à l’idée de participer au dîner en récupérant notre propre nourriture … mais d’un autre coté on regarde l’eau indécis … On voit des poissons, un crabe, une petite langouste, puis un coquillage étrange accroché aux rochers. Clayton nous informe que c’est un Paua (endémique de Nouvelle Zélande) et nous confie la mission de le récupérer. On ne voit pas bien dans les reflets de l’eau, et … on ne sait pas vraiment comment s’y prendre : « Il suffit juste de le tourner » nous indique Karen restée au sec. Ça a l’air facile, alors Grégoire se précipite et empoigne le coquillage. Ça a l’air facile comme ça, mais la bestiole s’agrippe au rocher ! Ça devient une lutte. Impossible de l’en décrocher. Chacun à notre tour essayons de « juste tourner » ; sans succès. 

Au bout d’un moment que j’ai du mal à évaluer, Clayton revient. Dans son panier une langouste et 5 Pauas : nous n’avons pas encore réussi à décoller la notre … Honteux ! Notre hôte jette un coup d’oeil et en 3 secondes et demi sort le fameux coquillage de l’eau et là, c’est le drame. Un paua, qui se prononce Paoa, est un coquillage qui vit dans les eaux turquoises de la Nouvelle-Zélande, jusque là c’est magnifique, sauf que quand tu retournes la bestiole, c’est un de mollusque géant à ventouse noire charbon qui te fait coucou !! Une sorte de grosse langue de la mer, visqueuse, de 12 centimètres et presque 1 kilo ! UN MONSTRE. 

- « C’est ça que tu voulais nous faire goûter Clayton ? » je demande curieuse. 

- « Oui, oui, c’est exactement ça, et c’est très bon »

- …. Ah. Super alors ?!!!! 

Rentrés à la maison, notre hôte est heureux … et nous méfiants de cette pêche merveilleuse. Clayton ne perd pas une minute et file dans la cuisine où l’eau bout déjà : il y plonge la langouste. Quant aux coquillages, il faut un peu plus de préparation. D’abord les libérer de leur coquille nacrée … et là, deuxième drame : après une bataille rangée au couteau et une fois la Paua sortie Clayton la retourne et la presse pour en fait sortir la « langue » non-comestible (ainsi qu’un jus vert granuleux … puis un autre marron dont je vais t’éviter les détails visuels et olfactifs). 

Une fois le mollusque hors de sa coquille, on découvre une nacre bleue, verte, turquoise et même rose parfois et d’une brillance incroyable. C’est vraiment très beau. En réalité la coquille est très souvent conservée pour créer différents bijoux mais je m’égare … Une fois qu’ils ont patienté dans l’eau fraîche toute une nuit, les Pauas sont prêts à être cuisinés. On les coupe en lamelles, puis la chair est hachée et enfin mélangée à des oeufs, des herbes et de la farine. Non, on va pas chercher plus loin. Clayton forme des pâtés qu’il fait frire dans de l’huile. 5 minutes plus tard c’est prêt. On s’installe à table … et c’est le moment qu’on appréhende tous : La dégustation. Tout fier, mon hôte me tend le plat. Poliment je me sers une galette et une tranche de citron … et c’est parti. Bon, si on oublie l’apparence initiale du mollusque noir, gluant, juteux … le goût n’est pas mauvais mais je n’arrive pas à passer au-dessus de la texture très … caoutchouteuse du mets. Je finis mon assiette lentement (ben oui : le caoutchouc ça se mâche !) et remercie mes hôtes pour cette épreuve inspirée directement de celles de Koh Lanta.

Quelle aventure.