GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

J’attendais la pluie ; elle été annoncée. Ça fait maintenant plus de 36 heures qu’elle n’a cessé de tomber. Du coup, c’est depuis la chambre 26 au 373 de la rue Gloucester que j’écris cette nouvelle newsletter … En retard, je te l’accorde, mais j’attendais ces deux jours de tempête pour trouver une bonne raison de rester enfermée entre 4 murs, les yeux fixés sur mon écran.

Une page se tourne. J’avais signé pour 81 jours, j’en passerai 82 au Waterfront Motels. 18 juillet 2017, 15h30 c’est l’heure H du jour J : je lâche le clavier, dépose les clés et le téléphone, je quitte mon habit de réceptionniste et reprends la route. Plein Ouest.
La séparation est inévitable et pourtant c’est toujours un moment que je redoute. C’est un moment à la fois triste et joyeux celui qui consiste à mettre un point final, juste avant de tourner la page.
Je jette quelques mots sur une feuille de papier que je laisserai sur la table de la cuisine. Mes colocs les liront plus tard quand je serai partie et ça sera la dernière trace de mon passage ici. Je me rends à l’étage : dire au revoir ; faire une dernière accolade. Tout se fait vite. Sans chichi.
Il est l’heure de partir, de monter à bord de l’unique bus qui fait la liaison Akaroa - Christchurch.

Le chauffeur me demande où je m’arrête. Je lui donne une adresse ; il propose de me déposer devant l’auberge dans laquelle j’ai réservé quelques nuitées. La gentillesse des Kiwis, je t’en avais parlé déjà ? J’accepte, évidemment. Je prends place. Près d’une fenêtre, évidemment, les yeux rivés sur l’extérieur. C’est le départ.

Les paysages défilent. La route monte, descend, tourne. Elle donne la nausée. Des hauts et des bas qui reflètent mon état d’esprit à cet instant précis. Je quitte la Péninsule de Banks avec un brin d’amertume et le sentiment de ne pas avoir vécu l’expérience que je m’étais imaginée. J’ai le sentiment d’un rendez vous manqué. Tant pis ! Il en faut aussi, ça fait partie de l’aventure et ça fera des histoires à raconter. Plus tard.

Nous nous dirigeons plein Ouest donc, là où la route continue et où le soleil se couche. Petit à petit on retrouve la civilisation et, une heure et demi après avoir quitté Akaroa et ses 600 âmes, nous entrons dans la plus grande ville de l’île Sud : Christchurch (un petit Toulouse). Comme prévu, Graham le chauffeur me dépose devant l’auberge. Il fait nuit. Il fait froid. Mais je suis heureuse et ne peux cacher mon sourire. Demain c’est le début d’un nouveau chapitre.

Christchurch (Otautahi)
Je ne t’apprends rien lorsque je te dis que la ville a été ravagée par une série de tremblements de terre en 2011. 2 500 jours (6 ans) après la catastrophe, les dégâts sont encore là. Bien visibles. Comme des balafres que rien ne peut cacher. C’est l’envers du décor de la Ceinture de Feu du Pacifique. Beaucoup de bâtiments sont encore en ruine et les monticules de briques, de terre et de boue sont partout. La ville est morte … et pourtant tellement vivante.

Je quitte l’auberge et suis Gloucester Street jusqu’au Latiner Square en centre ville. Là, à gauche, je vois le toit de la Cathédrale transitoire de Christchurch. Un bâtiment « temporaire » en remplacement de la Cathédrale Anglicane 2 fois centenaires détruite en 2011. La Cathédrale transitoire est l’oeuvre d’un architecte japonais, sa structure est faite de carton, de bois et d’acier. Ses parois sont des conteneurs maritimes.
Je trace sur la rue Madras et m’arrête net au croisement de la rue Cashel. J’y découvre un mémorial signé par l’artiste Peter Majendie qui a fait une installation qui se voulait (aussi) temporaire. Je suis bouleversée : 185 chaises blanches représentent les 185 qui sont morts ce 22 février 2011. Mise à part leur couleur, chaque chaise est différente ; unique. Comme les gens qu’elles symbolisent. Les passants sont invités à s’asseoir, se recueillir, s’arrêter un instant … c’est un lieu très particulier et très touchant. Une manière d’humaniser le drame … de combler le vide.

Je continue mon chemin sur la rue Cashel qui est juste là devant moi. Avant même d’entrer, je vois que l’endroit est en pleine reconstruction. Je longe ce qui était une ancienne bibliothèque et prends une minute pour regarder par la fenêtre à travers l’épaisse couche de poussière. J’entrevois affalées au sol des étagères et des livres qu’une secousse a projetés là où ils sont aujourd’hui encore. J’avance un peu. Même scène. C’est perturbant. Je continue et, sans vraiment m’en rendre compte, je suis entrée dans le centre ville. Mon pas est cadencé par le rythme des marteaux piqueurs et autres engins de construction. Le bruit est omniprésent. Tonitruant. C’est pesant. Au bout de la rue Cashel Street, je découvre un centre commercial à ciel ouvert : Re Start Mall. Ici se mélangent autochtones et touristes dans une ambiance plutôt joviale et colorée. On peut faire son shopping dans de grands conteneurs maritimes, déguster la cuisine du Monde concoctée dans des caravanes et autres roulottes. C’est une attraction. Le symbole que la ville est clairement tournée vers le futur. Je continue sur Cashel jusqu’au Jardin botanique qui couvre 1/3 de la ville de Christchurch, ville verte. Je passe un moment dans les jardins ; un autre dans le musée de Canterbury un immense musée gratuit. Ces découvertes occupent largement une après-midi qui se termine devant un mochaccino bien chaud.

Il y a une ambiance très particulière qui se dégage de Christchurch. On dirait que chaque recoin cache un petit secret à découvrir : ses bâtiments en ruines qui se reflètent dans les façades de verre de bâtiments du centre ville, à peine sortis de terre … ça a quelque chose de glaçant ; l’art de rue, omniprésent, qui tente « d’égayer » les champs de ruines ; l’entrain de ses habitants pour reconstruire leur ville … et ramener, en mieux peut-être, ce qui a été détruit 6 ans plus tôt … Un long processus !

Enfin, dans quelques jours je repends la route, cette fois-ci plein Nord, jusqu’à Picton. Là, je prends le ferry pour repasser sur l’île Nord jusqu’à Wellington d’où je prendrais un bus qui me ramènera au point de départ : Auckland.

Déjà … cela fait déjà un an que je sillonne la Nouvelle-Zélande. Et après une belle année à vadrouiller dans ces Terres du Milieu, cette aventure touche à sa fin. Dans quelques jours seulement, je rentre en France. Oh ! Seulement quelques semaines parce que des projets, j’en ai encore plein la tête …