GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

Il y a quelques mois je te racontais la légende du Demi-Dieu Māui, qui, sur son canoë (l’île Sud) pêcha des profondeurs de l’Océan un énorme poisson qui s’avéra être rien de moins que toute l’île Nord de la Nouvelle-Zélande. D’ailleurs, si tu te souviens bien, en Maori l’île Nord s’appelle Te Ika-a-Māui (le poisson de Māui) et l'île du Sud Te Waka-a-Māui (le bateau de Māui). Bon, je veux bien que Maui soit un Demi-Dieu et qu’il ait donc quelques privilèges mais quand même, … tu imagines bien qu’au moment de hisser hors de l’eau une créature aussi imposante il a bien fallu qu’il prenne appui quelque part, non ? Visualise la scène : tu as Maui ; un canoë ; un harpon (fait à partir d’un bout de mâchoire d’un ancêtre … non, non ce n’est pas une blague) ; un poisson qui devient une île …. et là, au moment où tu déconnectes … c’est justement le moment où ça devient vraiment cool car en fait, selon la légende, l’endroit exact où Māui a posé le pied pour remonter le fameux poisson à la surface … c’est la péninsule de Banks … où je suis !! 

Ici sur la Péninsule de Banks donc, le quotidien est rythmé par les activités au motel -que je te décris dans le détail au paragraphe suivant- si on rencontre des gens qui viennent des quatre coins de la planète on reste finalement pas mal entre nous. Nous les employés. Je partage une maison à, littéralement, deux pas de la reception avec 3 colocataires qui forment l’équipe ménage. 

Maud, dont je t’ai parlé le mois dernier déjà est une française de 22 ans qui voyage en Nouvelle Zélande avec, elle aussi, un visa Vacance Travail. Nos personnalités ont tout de suite accrochées et au fur et à mesure des confidences elle m’a avoué aimer faire du ski et tu ne devineras jamais où elle a ses habitudes : à la station d’Ax les 3 Domaines bien sûr, dans notre belle Ariège ! Fallait le faire non? Rencontrer ici à Akaroa, une nantaise qui pratique la glisse sur les plus belles montagnes du monde -je survends peut être un peu?- ! Tu penses bien que dès que j’ai eu l’information je me suis empressée de lui faire découvrir le très ariégeois « No Pasaran ».  Une pépite !

Pour revenir sur ces dernières 4 semaines, comme je te le disais un peu plus haut, on passe l’essentiel de notre temps au motel, entouré de palmiers. Je te rappelle que la première vraie ville se trouve à 80 kilomètres et qu’étrangement, l’unique bus qui y va part à 16h … tout juste 1h30 avant le coucher du soleil. Donc les escapades découvertes se concentrent forcément au niveau d’Akaroa et de ses stricts environs. La particularité de la Péninsule de Banks est qu’on se trouve au coeur d’un ancien volcan. Les alentours sont abrupts et montagneux, les reliefs ressemblent à du papier que l’on aurait chiffonné. 

Sur le million d’habitant qui peuple l’île Sud, 7000 habitent ici ; nous (Alex, Maud et moi) avons eu l’occasion de rencontrer deux d’entre eux : Asif et Marie. En plus de son Doctorat à l’Université de Christchurch, Asif travaille quelques heures par semaine à la réception du motel. C’est un personnage heureux qui ne manque jamais une occasion de faire une blague, sa bonne humeur est réjouissante et, lorsque spontanément il nous a invitées à découvrir l’endroit où il vit avec Marie, sa compagne on a sauté sur l’occasion de les connaître mieux. Entre filles donc, nous avons embarqué dans la voiture aménagée de Maud pour une après midi qui s’annonçait bien sympathique de l’autre côté de la vallée ! Asif m’a donné des indications précises : « tu suis la (seule) route, tu prends à droite puis  à gauche et tu cherches un toit rouge .. il n’y en a qu’un ». Si ça c’est pas l’aventure …

 Au bout d’une vingtaine de minutes on finit par trouver la bonne route puis le bon chemin et enfin la bonne allée .…. ça y est : le toit rouge est en vue ! Autour, comme prévu … il n’y a rien. Enfin, rien d’autre que la Nature. La verdure est omniprésente et notamment l’ajonc (gorse en Anglais) qui pullule ici en Nouvelle-Zélande. Sa couleur jaune contraste le dégradé de vert qui nous entoure. Le vent, souvent violent, ne laisse aucune chance aux arbres de grandir bien haut et les arbustes prennent le pas sur la forêt. Au beau milieu de cette incroyable nature sauvage un bruit. Un bruit qui attire notre attention : c’est l’Océan. Là ! Juste au bout de la route. Cet endroit est une carte postale grandeur nature : le bleu du Pacifique et le vert intense des collines de la baie de Goughs.  Marie, la compagne d’Asif vit ici depuis toujours. Elle est née ici, précisément entre les quatre murs de la ferme qui appartient à sa famille depuis plusieurs générations. Elle travaille dans le domaine de l’environnement ; très exactement dans la conservation d’espèces endémiques de l’île et plus particulièrement de la péninsule (son combat : l’étude du manchot à oeil jaune, endémique et considéré comme l’un des plus rares au monde). Passionnée la jeune femme partage volontiers son enthousiasme et c’est un vrai régal de l’écouter partager son savoir. Elle sait nommer la moindre petite fleur qui pousse dans son jardin et connait le chant des oiseaux qui volent au-dessus de nos têtes. Elle est un puits de connaissances et une merveilleuse rencontre. 

Un petit thé (réconfortant) et une après-midi en si bonne compagnie, le temps a passé vite. Trop vite. Déjà il faut reprendre la route ; retourner à Akaroa.

Le matin tout va très vite. De toute façon on n’a pas le choix, il faut que ça aille vite. Je te rappelle qu’il y a des clients à satisfaire et il parait que les clients, ils ont toujours raison … Alors bon, on trace ! On respecte le timing. Les femmes de chambre transforment l’hôtel en fourmilière géante. Debriefing dans la buanderie ; répartition des tâches ; attribution des chambres à faire aux employés. Et les journées ont beau se suivre et ne pas se ressembler, elles commencent toutes de la même façon. C’est pas compliqué, on suit la procédure. Il faut remettre en place ce qui a été déplacé. Ranger ce qui a été dérangé. Nettoyer pour pouvoir salir de nouveau. Défaire pour tout refaire. Ca a quelque chose de désuet. D’accablant … Oui, je sais bien ! Rien de nouveau sous le soleil … mais croyez-moi ! En vivant en 24/7 sur l’envers du décor des vacances paradisiaques … ma vision des choses n’a cessé d’évoluer. Moi qui pensais que réserver une chambre d’hôtel était un geste tellement anodin et bien disons que là, ici, maintenant, aujourd’hui, je comprends TOUT ce que ça implique.

C’est à dire qu’entre les ménages (que j’ai fait), la buanderie (dans laquelle j’ai passé de très longues heures)  et la réception (que je tiens) … il ne me reste plus qu’à intégrer les cuisines pour avoir le pack-complet de la formation hôtellerie-restauration à l’étranger.

Voici le tableau et une liste non-exhaustive des anecdotes de ce dernier mois : 

 

D’abord en tant que réceptionniste, puisque c’est le poste que j’occupe actuellement. La première des choses qui m’a assommée c’est la quantité de choses à savoir. De la logistique pure et dure, des procédures à suivre, des logiciels spécifiques à maîtriser et quelques autres amusements administratifs … Bon. Mais il faut aussi connaître, et pas qu’un peu, vraiment par le détail l’ensemble des activités, horaires, bons plans et toutes les bonnes adresses locales ….. Au fond, il faut que nos clients, qui doivent s’imaginer que je vis ici depuis des années, aient l’impression que je suis incollable. Bein tu m’étonnes … moi,  qui ai débarqué il n’y a 5 semaines seulement avec le bus de 11 heures ! - Donc concrètement, je fais de mon mieux mais il n’est pas rare que je me retrouve dans des situations gênantes comme indiquer à des clients qu’ils pouvaient aller dîner dans un restaurant … ouvert que le midi. Du coup, astuce, je mets ma fierté de côté, soigne un accent bien Français et fais croire que c’est ma perpétuelle première semaine : « Sori … aïve startède disse morningue » … Ils me sourient … compatissants … Eeeeeeettttttt … ça passe !

 

L’accueil ! Ca, c’est top priorité. Savoir accueillir avé le sourire et la présentation qui va bien c’est IM-POR-TANT. C’est vrai que posséder une garde-robes d’un joli camaïeu de noirs c’est plutôt un avantage : tu laisses pas trop la place aux surprises et surtout, aucun doute possible, tu peux prévoir de dormir 10 bonnes minutes de plus chaque matin car aucun risque de se dire …  « oooh j’sais pas quoi mettre »  !

On pourrait penser que la réception c’est un bon plan, un sourire et une tenue adéquate … et qu’après y’a plus qu’à attendre … ET BIEN NON, parce qu’il y a environ 12 mails à la minute qui apparaissent sur l’écran et tu peux même simuler un « pardon j’avais pas vu » puisqu’à CHAQUE email reçu l’ordi l’annonce 2 fois par un TADA tonitruant. Progrès ou fantaisie d’informaticien … tu appelles ça comme tu veux en tout cas c’est compliqué de passer au travers.

Evidemment, quoi que tu fasses à la réception, tu es CONSTAMMENT interrompu par mille et une demandes, problèmes, réclamation, questions, suggestions, remarques … ça n’arrête jamais ! Et que ça vienne des collègues ou des clients, c’est un flot constant d’informations qu’il faut traiter … Je crois que tous les réceptionnistes du monde entier méritent de recevoir une sorte de Légion d’Honneur pour leur patience et leur calme doublé d’un Oscar pour leur esprit en forme de couteau-Suisse :  

Alô, oui bonjour c’est bien l’office de tourisme ? Le wifi ne fonctionne pas. Y a des baignoires dans vos salle de bains ? T’as pensé à passer la commande de café ? C’est quoi votre meilleure chambre ? T’as téléphoné à la laverie ? Les lits, ils sont vraiment moelleux dans vos chambres ? T’as reçu le mail de Mr Martin? Faudrait penser à fermer le local. T’as changé l’ampoule dans la 87 ? Il manque un verre dans la 12. T’as plié les taies d’oreillers ? Le wifi ne fonctionne toujours pas. T’as encaissé les nouvelles réservations ? Vous vendez des bouteilles d’eau ? Faudrait penser à arroser les plantes. Le spa est nettoyé ? T’as sorti les vélos? C’est quand la saison des pingouins ? Et sinon, vous faites les petits-déjeuners ? 

… patience, calme et polyvalence.

Et sinon du côté des femmes de chambre, car oui il y a encore quelques semaines j’avais la tâche de nettoyer celles des autres ; un truc … vraiment sympa. 

Dans le fond, femme de chambre c’est accepter d’être invisible, discrète et rapide, d’arriver quand les clients partent. C’est faire un job très ingrat qu’il faut accomplir, en plus, dans un temps record ! (Oui, qu’on se le dise, il n’y a rien d’épanouissant dans le ramassage des savons baveux qui traînent dans les douches, de récurer des éviers, nettoyer les lunettes de WC ou faire briller les poignées de portes ou plus simplement de passer du temps à nettoyer ce que d’autres vont re-salir) Et attention à l’inspection, on attend de toi d’avoir avalé la moindre poussière, exterminé la moindre trace de passage d’autrui, donné à l’usagé l’impression du neuf … il en va de la réputation de l’hôtel. 

Car, c’est bien connu, les yeux des clients risquent d’être aveuglés à la seule vision d’une miette de pain rebelle qu’un poil de tapis aurait retenue ! Et je ne te dis pas ce qu’ils risquent s’ils tombaient sur un, grain de poussière ou … pire, une empreinte de doigt sur le robinet. Jour après jour, elles s’appliquent à atteindre des degrés d’exigence toujours plus hauts.

Et je ne te cache pas que même ici, à Akaroa, au bout de la route du bout du monde …  chaque jour amène son lot de découvertes dans la créativité humaine. Parfois on se demande même si les clients ne se sont pas tous mis d’accord pour nous rendre la chambre la plus abstraite possible. Dernièrement, on a eu le droit au milliard de confettis sur la moquette, aux ballons gonflables dans la chambre, aux classiques casseroles cramées et aussi au vomi de bébé dans les serviettes de bain. Un vrai plaisir ! Merci les gens !! Passez de belles vacances …

Sacré métier l’hôtellerie … à l’accueil on apprend la patience, au ménage on se construit une carapace. Il faut courage, volonté et abnégation pour regarder les gens dans les yeux quand ils viennent, hautains, pinailler sur un détail alors qu’ils n’ont vu aucun problème à manquer le trou de la poubelle mise à leur disposition ou pire …

Heureusement le cadre grandiose de ce pays magnifique rend la tache plus supportable et nos couloirs sont en réalité des courants d’air au bord de l’eau … au pied des palmiers. Les paysages sont plutôt fabuleux et la basse saison fait que l’endroit n’est pas encore envahi d’une foule de touristes pressés, stressés, stressants  … C’est d’autant plus beau !

Sinon, j’ai oublié de te dire que j’ai ressenti ma toute première secousse sismique,  ici à Akaora. Tout s’est passé il y à peine 1 semaine et c’était vraiment étrange : Il était dans les environs de 23 heures, je finissais une journée à rallonge et, fatiguée, je me suis assise au bord de mon lit quand j’ai senti un secousse assez impressionnante, suffisamment pour te serré le coeur l’espace d’une seconde. Pour faire simple, c’était comme si un semi-remorque était passé là, juste de l’autre côté du mur de ma chambre à 130km/h ! Comme je ne m’y attendais pas -forcément- et que mes colocs n’ont pas réagi sur le coup, j’ai pensé que c’était mon imagination. Ce n’est que le lendemain matin, en lisant  la presse locale que j’ai compris : il y avait eu un tremblement de terre à Christchurch (à 80 kms quand même) de 4,2 sur l’échelle de Richter et qui avait  été ressenti jusqu’ici - Je précise qu’iil n’y a eu aucun dégât -

Sentir un tremblement de terre en Nouvelle-Zélande : Check !