GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

Quand je te quittais, le mois dernier, j’étais sur un petit nuage. Le ciel était bleu, le soleil brillait et les oiseaux chantaient … Mais voilà, fin novembre a été passablement compliqué à gérer. Une sorte de passage à vide … Les aléas de la vie sur la route, les problèmes mécaniques du van, l’isolement, la pluie … Tout s’est abattu sur moi. D’un coup. L’argent a commencé à manquer : ça devenait un enjeu et bêtement ça rajoutait une couche au tableau. Le ciel s’est assombri et le moral est tombé au plus bas. 

Tu me connais : je ne suis pas le genre de personne qui se plaint pour un rien. S’il y a une difficulté, je serre les dents et j’avance. Je crois bien que c’est de famille, d’ailleurs ! Mais là, toute la situation devenait de plus en plus pesante et loin des miens, je me suis sentie toute petite sur cette île isolée au beau milieu du Pacifique. L’archipel paradisiaque devenait une sorte d’enfer :  un vrai challenge ! 

Il a fallu laisser passer la tempête. Patience et damnation !! Et voilà,  après un vrai break, les rayons du soleil perçaient l’épaisse couche nuageuse et un nouveau chapitre commençait à mon arrivée sur Sunnyside Road. 

15 heures, le 21 novembre, Coatesville : une des banlieues les plus chics d’Auckland, où les propriétés s’étendent sur des hectares. Les portails sont hauts. Les pelouses sont entretenues et les fleurs débordent de couleurs vives … T’as compris, c’est un autre monde que celui où je rencontre ma nouvelle famille d’accueil. Clairement, après 2 mois de nomadisme dans mon van cabossé, il va me falloir un petit sas de décompression, tu t’en doutes,  avant que je profite pleinement du parquet au sol, du marbre dans la cuisine, de la salle de bain 3 étoiles, du lit queen size et de l’espace. Tant d’espace …

Virginia et Paul, un couple dans la cinquantaine, m’accueillent dans une magnifique maison pour la prochaine semaine. Elle décoratrice et styliste néo-zélandaise. Une vraie. Lui, le directeur Nouvelle-Zélande d’un laboratoire pharmaceutique. Ils ont vécu 10 ans en Australie, donné naissance à leur fille Scout, puis sont revenus, par choix, sur Aotearoa, le pays du long nuage blanc. Ils vivent confortablement dans une splendide maison qu’ils ont décidé de vendre juste avant mon arrivée et sont sur le point d’emménager, 9 kilomètres plus haut, dans une demeure plus modeste mais sur un terrain beaucoup, beaucoup plus grand et beaucoup, beaucoup plus … original. Accroche toi bien, il y a un lac sur la propriété !!! Oui. Un lac ! 

La grande passion de Virginia c’est les chevaux. Le sien, Zibou est d’ailleurs le 4ème dans sa catégorie de saut en Nouvelle-Zélande! Les pâturages sur la propriété sont indispensables pour entraîner les chevaux et accueillir tous leurs amis les bêtes. Car oui, ici on héberge moutons, canards, poules, oies, poissons, chien et chats dans un environnement floral grandiose. Le jardin est immense, il y a des dizaines et des dizaines de plantes, arbres et fleurs différents. Très honnêtement, on ne doit pas être loin du paradis. C'est tout juste incroyable.

Voilà donc un mois que je vis chez Virginia, Paul et leur pré-adolescente, Scout. J’ai la chance d’avoir mon propre chez moi depuis le déménagement puisqu’on m’a proposé de vivre dans le petit cottage au pied du jardin merveilleux a quelques dizaines de mètres de la maison principale. C’est franchement très cool. 

 

Mes journées sont chargées car la propriété appartenait à un couple de retraités qui n’avait plus la force d’entretenir ni tous ces hectares, ni leur lieu d’habitation et le nettoyage de 45 ans de vie dans cette maison n’est pas une mince affaire. Une fois terminé, on s’attaque à l’embellissement extérieur. Il y a des tonnes de choses à débarrasser, des dizaines d’espace à désherber, des centaines de plantes à transférer et replanter .. bref, t’as compris, on chôme pas ! 

C’est la première famille d’accueil que j’intègre en Nouvelle Zélande et la 10 ème expérience de bénévolat à l’étranger que j’accomplis … Intégrer une nouvelle famille, c’est toujours s’exposer à une nouvelle façon de vivre. A de nouvelles règles. Des attentes différentes. Des individualités desquelles se faire apprécier. C’est savoir s’adapter à un nouvel environnement, à de nouvelles personnes et aux usages de chaque maison. 

Recommencer tout à zéro, c’est à la fois fatigant et vraiment excitant. En tout cas, c’est enrichissant et ça m’amène à quelques réflexions. Surtout quand d’une maisonnée à l’autre tout est différent, du coup faire du bénévolat à l’étranger contre le gîte et le couvert c’est : aider ? faire la boniche ? ou participer à de l’esclavage volontaire ? 

Le fait est que la frontière est extrêmement fine. Alors, qu’est-ce qui fait la différence ?  Comment savoir quand la limite est dépassée ? À travers mon expérience des 10 familles qui m’ont accueillie, j’ai eu la chance de voir un panel d’attitudes vraiment intéressant et l’expérience est vraiment enrichissante. 

Il y a ceux qui sont à la recherche d’une véritable aide et qui te reçoivent simplement et sincèrement : leur maison est TA maison et du jour au lendemain tu es un nouveau membre de la famille. Il y a la jeune famille, dépassée par les événements, qui va te demander tout et n’importe quoi de 8h à 20h non stop et globalement, c’est à toi d’être l’adulte responsable. Il y a également ceux qui cherchent de la main d’oeuvre gratuite. Pas les plus indigents souvent. Il y a des familles rangées qui cherchent une nounou pour profiter de quelques soirées tranquilles. Et les couples de Hippies : crudivores, locavores, végétariens assumés, ils ont des plants de marijuana à te faire récolter, sécher, peser en empaqueter. Puis il y a les mères célibataires qui gèrent tout d’une main de fer et qui cherchent un soutien moral avant tout. Quelqu’un qui leur renvoie l’image d’une Wonder Woman accomplie. … Bref, autant de situations qu’il n’y a de gens.

De mon expérience, les belles relations apparaissent lorsque tu te trouves en face de personnes qui sont prêtes à apprendre de toi autant que ce que toi tu pourras apprendre d’elles. C’est un partage sincère et sans ambiguïté. Le respect est réciproque et une complicité sincère née. Et c’est à cet instant et à ces conditions que la magie apparaît. Tu n’as pas l’impression de « travailler » pour ta famille d’accueil, puisque tu fais partie d’une équipe, d’un groupe et que tu participes simplement à la vie de la famille. C’est ce que j’ai trouvé au Canada et aux Etats Unis l’année dernière … et c’est ce que je souhaite retrouver cette année en Nouvelle Zélande.

Alors bien sûr, tu peux toujours tomber sur des abrutis qui ne comprennent rien de tout ça et qui se « servent » clairement de toi. Les échanges sont froids. Quasi inexistants. Tu n’as plus de prénom, on te présente comme le « Wwoofer » qui est là globalement pour passer l’après-midi à quatre pattes sous un soleil de plomb, à désherber à la main le potager familial ignoré depuis des mois. Ceux-là ne te considèrent pas pour ton travail, d’ailleurs, la personne qui s’occupe de toi ne manque pas une occasion de te rappeler ton infériorité face à la situation … Et ce ne sont ni les coups de soleil, ni les courbatures qui t'emmèneront le moindre réconfort ! Ça fait partie de ces histoires sur lesquelles tu te marres quelques années plus tard en te disant que tu as contribué à une sorte d’esclavage moderne pour lequel tu t’es porté volontaire en plus ! Le comble. 

Chercher un rapport social avec des échanges réguliers ou bosser comme un acharné pour peanuts ... Ça n’a quand même pas la même finalité. Je ne pense pas être la seule à faire une différence entre travailler et aider. 

En parlant de travail, c’est toujours dans les tuyaux et, après le nouvel an, j’espère trouver un emploi rémunéré et finir la saison estivale dans une chouette entreprise. Avantage de “ma” vie :  4 mois de dur labeur me suffisent pour vivre 8 mois sans travailler. Honnête ! Niveau financier, je m’en sors mieux en voyageant que lorsque j’étais en coloc d’un T3 à Toulouse. Et niveau humain ? Je ne t’en parle même pas ! 

Ici, j’ai deux jours off  par semaine que  je passe en général à l’extérieur de la maison. Je ne cherche pas à fuir, loin de là, mais en vivant au nord d’Auckland, je suis à moins de 30 minutes d’endroits fabuleux, au bord de l’eau ou en pleine nature alors je découvre : Bethells beach et ses dunes de sable noires en pleine forêt, Muriwai beach et sa colonie de Gannett, Tawharanui ce parc fabuleux avec ses grottes au bord de l’eau et ses sentiers découvertes … J’en prends vraiment plein les yeux. 

Pendant ces deux jours, j’en profite aussi pour faire rouler Duka car après les milliers de kilomètres parcourus ensemble, elle est ici en retraite anticipée. Je la fais rouler tellement peu ces derniers temps que lorsque je la prends, je dois enlever les toiles d’araignées sur les poignées et les rétros ! Qui l’aurait cru ?! 

Bonjour-Bonsoir et basta !

Je mange des fush and chups (comprenez fish and chips) je bois de la bière japonaise en regardant MasterChef Australia ... Il n'en fallait pas plus, depuis plusieurs semaines, je perds mon français ! En dehors du fait que j’oublie carrément des mots et des expressions, je commence à conjuguer les noms et à faire des anglicismes qui me font moi même saigner les oreilles !! Mon anglais fait penser aux autochtones que je suis canadienne et mon français leur fait penser que je suis .. russe, polonaise .. ou mieux encore : belge! (bisous mes amis belges, je vous aime et vous êtes nonante fois plus cools que les russes et les polonais. Réunis ;) !!)

On me demande des choses improbables auxquelles je n’ai souvent aucune réponse à donner : 

— Margaux, comment vous appelez ça les groupes d’animaux en français ? 

… (là tu imagines une goutte de sueur ruisselait sur mon front) … 

— hum, pardon? 

— Bein oui ! Tu sais en Anglais nous on dit un « pack of wolves » ou un « shoal of fish » comment vous dites, vous, en Français ? 

…. (Boudu, mais c’est quoi cette question?) …

— Un troupeau ! On dit troupeau. Pour tout. (fiou, c’était moins deux !)

 

Ou alors :

— Eh Margaux, la Française, dis-moi, tu peux faire du vin rosé en mélangeant du vin rouge et du vin blanc ?

— Je sais pas, tu peux faire du lait en mélangeant une vache et de l’eau toi?

 

Ou encore :

— Ah mais tu es française ! Tu vis à Paris ?

— Non. Moi, je vis dans le Sud Ouest, dans les Pyrénées.

— Ah ouais, à côté de Nice ? 

— Globalement ! Genre 600 bornes plein Ouest ! (Coulé.)

 

Et comme au bout du monde l’imagination ne manque pas …

— Hey Margaux, vous avez ça en France du pain dont tu laisses la levure fermenter 3 jours dans une pièce sombre avant de la cuire ? 

— …. 

— Margaux? 

— … Oui. Oui oui. Biensure qu’on à ça ! (J’ai fait boulangerie deuxième langue, bien sûr …)

— Super, ça se dit comment en Français ? 

—.. fffrroommeennlleevvaaiin .. MAIS J’EN SAIS RIEN MOI, TOUT LE MONDE DEMANDE « UNE BAGUETTE PAS TROP CUITE » pas comment le pain est fait … ! 

Bon c’est pas tout, mais décembre a déjà bien entamé sa course et on a un barbecue à préparer pour les fêtes de Noël ! Ben oui ! Le 25, par 25°C, à l’ombre d’un Pohutukawa, on chantera « Let it snow, let it snow, let it snow .. » une brochette de mouton dans une main et une coupe de champagne dans l’autre ! Je vous raconte ça dans le détail le mois prochain! 

 

Cheers mate!

Bon temps des fêtes !

Un petit clin d'oeil tout particulier ici. Le mois de décembre, c'est le mois de notre famille puisque mon petit père, mon grand frère et moi même fêtons tous les trois nos anniversaires ... (Ma pauvre maman qui doit s'aligner sur le caractère de 3 Sagittaires depuis plus de 20 ans!) 

Je réitère donc ici mes voeux les plus chaleureux de bonheur et de réussite dans leurs projets les plus audacieux. 

Soyez heureux. Je vous aime !