GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

Je ne compte plus le nombre de mails et de candidatures que j’ai envoyés ces derniers mois .. Je désespérais de recevoir un retour. D’autant qu’il n’en fallait qu’un, n’est-ce pas. Cette réponse, j’ai fini par la recevoir avec à la clé… ? Un emploi. 

Une fois la confirmation reçue, tout va très vite : je fais mes valises, dare dare. J’achète mes billets de bus. Et déjà, il faut se dire au revoir. Tourner la page. Je regarde avec déjà beaucoup de nostalgie les jolis yeux de ces 2 petites têtes blondes. George me lance un « I’ll miss you » qui me fait fondre. C’est que ça fait un peu plus de deux mois que je m’occupe d’eux et forcement on s'attache.  George, Zia et leurs parents, Bayden et Stéphanie auront fortement marqué mon aventure néo-zélandaise. 

Le jour J, ils m’accompagnent tous jusqu’à Invercargill, d’où je prends le bus pour un périple de 700 kilomètres. Cap plein Nord.

Akaroa sur la péninsule de Banks.

Je me souviens avoir entendu parler de ce « village français » de l’île Sud. Je me souviens aussi avoir pensé : « jamais Oh, grand jamais je n’y mettrai les pieds ». Bien oui, si j’avais envie de manger/parler/boire et vivre « à la française » de l’autre côté de la planète le plus simple c’était que je ne parte pas du tout. D’autant qu’à Akaroa, où j’ai finalement posé mes valises, ce n'est pas demain la veille que je vais m'offrir un croissant  à 3,00 NZ$ l’unité - Bref. Le hasard fait que c’est ici que mon aventure me mène. Akaroa, donc, village français de Nouvelle Zélande.

Pour être plus clair Akaroa, c’est l’histoire d’un échec de colonisation que je vais m’empresser de te raconter. T’es assis ? c’est parti : Quand les premiers baleiniers français arrivent dans le coin, dans les années 1830, c’est l’enchantement. Après des milliers de kilomètres sur l’Infini Pacifique, cette terre si fertile, si verte, si généreuse « tape dans l’oeil » du capitaine Langlois -le boss du bateau- qui se voit bien installer une colonie, ici, sur ce petit bout de terre. C’est logi(sti)quement parlant une bonne idée : ça évitera de traverser toute la planète pour récupérer l’huile de baleine. Malin.

Sans chichi, le Cap’taine fait simple : il achète. « Logiquement », il verse aux tribus maories locales un acompte de 150 francs et bloque la vente de 12 000 hectares de terre pour la somme incroyable de … 1 000 francs. Et il repart dans l’idée « faites de la place, on finit les cartons et on revient» .. Evidemment, à l’époque la traversée en Airbus A380 n’est pas très développée et il lui faudra « un peu plus » que 24 heures pour arriver chez le Roi et revenir …

Nos cousins Anglais, déjà dans les parages, flairent le bon coup et prennent leur aise : ils signent le Traité de Waitangi, une sorte de bail longue durée avec la Nouvelle-Zélande et, pendant qu’ils y sont, ils commencent même à refaire la déco. Bref quand les franchouillards reviennent avec les croissants et le Rouge, le banquet est déjà terminé et l’Union Jack flotte fièrement dans la brise fraîche d’un matin nuageux (c’est beau hein ? … on s’y croirait) .. Pris de court mais plus têtus que jamais, les Français décident malgré tout de poser leurs valises, les femmes et les enfants à Akaroa.

Petit à petit, ils établissent une vraie-fausse colonie française. Le culot à la française. On adore ! Et c'est comme ça que tout a commencé et qu'aujourd'hui tu trouves ici, au bout de la route du bout du monde, des croissants et des baguettes bien de chez nous.

Presque 200 ans plus tard, Akaroa a gardé les marques de cet échec colonial et les drapeaux tricolores sont (fièrement) affichés dans la ville. Ils attirent des millions, je dirais même, des milliards de touristes chaque année -nan, en fait juste quelques milliers- et tu sais quoi? Quelques-uns de ces voyageurs s’arrêtent dans le motel qui a accepté ma candidature pour les prochaines 10 semaines.

Le Akaroa Waterfront Motels, les pieds dans l’eau au coeur d’un ancien super volcan. Asif qui travaille à la réception est le premier à m’accueillir dans ce nouvel environnement. Très vite après, je rencontre l’Anglaise Alex, la Hollandaise Katarina, Wilma, la néo-zélandaise « du cru » et enfin Elise et Fraser les gérants. Je prends rapidement mes quartiers et suis littéralement jetée dans le bain. au début : le B.A.-BA : les lits au carrés. Coup de chance, j’ai une première expérience : Canopée-lit, Quebec, 2015. Pendant la saison estivale nous avions fait plus de 1200 lits .. à ce rythme, faut être honnête t’apprends vite. J’ai été bien formée ; les gestes sont bons. Aujourd’hui il faut juste se dérouiller et suivre la cadence.

24 heures après mon arrivée, je rencontre Maud, la dernière recrue pour la saison. Nous sommes toutes les deux nouvelles et Françaises .. forcément, la conversation est facilitée. En tout cas, instantanée. Et puis, après 8 mois d’Anglais en 24/7, retrouver la langue de Molière rien que quelques heures par jour c’est quand même très agréable. Nos cursus, bien que différents sont comparables. Toutes les deux, on s’est mises en roue libre après une première année décevante à la fac ; on a enchaîné des petits boulots avant que la possibilité de partir une année à l’étranger ne résonne comme une évidence. Dans l'esprit se perdre pour mieux se retrouver et juste prendre le temps d'apprendre à mieux se connaitre. Ça accroche, on a plein de choses à se raconter et j’ai déjà le sentiment que c’est une vraie, belle rencontre.

Le quotidien nous rattrape. Très vite. Les jours se suivent. Et se ressemblent : on passe de la formation à la mise en pratique, c’est qu’il y a un motel de 24 chambres à faire tourner. Pas une seconde à perdre. J’ai été embauchée comme femme de chambre. Mais … au bout d’une semaine, la gérante Elise me propose de travailler à la réception. Une nouvelle expérience pour mon CV ? J'accepte, sans trop savoir où je pose les pieds, puis tout va très vite : Description des chambres, mémorisation des prix, méthodes de réservations, apprentissage des logiciels spécifiques hôtellerie, renseignement et accueil téléphonique, familiarisation avec les activités proposées aux clients, connaissance et conseil sur les différents restaurants du coin sans oublier l’accueil, toujours souriant, réservé à nos clients du monde entier .. bref, beaucoup de choses à savoir et, comme souvent le temps est compté alors autant être efficace.

Depuis une semaine … la voix au bout du fil qui dit « Akaroa Waterfront Motels, Margaux speaking »… C’est moi !!!! Du coup, j’ai un peu plus de responsabilités, notamment celle d’ériger quotidiennement le drapeau tricolore au-dessus de la réception mais tu sais quoi ? Je signe aussi mon nom sur les mails que j’envoie aux clients ! C’est pas grand chose je te l'accorde, mais je laisse une trace … ici en Nouvelle Zélande. Ici …à Akaroa, au coeur de la péninsule de Banks … au beau milieu de ce qui fut un super volcan.

J’ai posé mon sac pour 12 semaines en tout ; le temps d’apercevoir un exceptionnel début d'hiver au mois de Mai. NORMAL. Le temps s’est rafraichie et ce matin, les sommets étaient saupoudrés de neige et le gel avait figé la vallée. C’était beau ! Les lumières sont toujours aussi incroyables et je ne désespère pas d'apercevoir une aurore australe mais d'ici là ... Adishatz !