GOINGWEST

Le Webzine du Projet52

 

On y est, après quelques jours de tourisme à Vancouver, de Wwoofing sur l’île de Vancouver et de découverte à Whistler, c’est en empruntant un tronçon de la très connue Transcanadienne que nous arrivons enfin dans les somptueuses Rocheuses, dont le point culminant s’élève à 3954m. Nous déposons nos valises pour les 4 prochains jours à l’auberge de jeunesse de Banff, au sud des Rocheuses.

Banff Avenue constitue l’artère principale et le centre dynamique de la petite ville de 7500 habitants qui reçoit chaque années des milliers de visiteurs. Encerclée de montagnes enneigés, Banff et ses petits chalets en bois ont un caractère tout particulier. Un charme « à la canadienne » qu’on apprécie. Je me balade en ville et prends le chemin des chutes Bow qui me mène tout droit vers le majestueux et imposant hôtel de Banff Springs construit avec des pierres locales entre les années 1887 et 1888. Entouré de forêt d’épineux, le château bien qu’isolé a la plus belle vue de la ville. La légende dit que l’hôtel abriterait des fantômes !


 

Quelques jours plus tard, un énième Greyhound nous conduit à Lake Louise. Situé en plein coeur du Parc National de Banff et à 1700m d’altitude c’est l’occasion pour Juliette et moi de remplir nos poumons d’air pur. Et bien frais ! La température oscille entre -20 et -27°C. Un vent glacial nous picote les joues et nos cheveux gèlent ! Oui, oui, ils gèlent et se brisent, comme du verre ! C’est aussi ça le charme de vivre « à la canadienne ».

En milieu d’après-midi nous embarquons dans la navette du très prestigieux hôtel Fairmont qui nous amène, à moins de 5 kilomètres de là, directement au pied de l’hôtel et au départ des sentiers de randonnée. Les montagnes encerclent ce très beau lac de 500m de large et 2 kilomètres de long. La neige, fraîchement tombée, recouvre le paysage boisé et le lac gelé. Le paysage est féérique. La nuit tombe doucement et une lumière rosée baigne les courbes abruptes des montagnes. C’est une carte postale.

La température chute brutalement. Ça fait plusieurs heures que nous sommes dehors ; malgré les couches de vêtements, les bottes et les gants nous sentons qu’il est temps de rentrer. 18 heures, 19 au plus, les navettes qui nous ramènent au village (et donc à l’auberge), ne circulent plus ! Dans quelques minutes il ferra nuit noire. Impossible de reprendre la route sinueuse de montagne pour redescendre les 3 kilomètres qui nous séparent du village. Plus le choix. Nous optons pour du stop. Sous le dernier réverbère de la route, à côté d’un mega tas de neige, nous lançons notre opération séduction. Il fait -25°C il ne faut pas traîner. 1, 2, 3 et 4 voitures nous passent devant sans même décélérer. Puis tout à coup un 4x4 gris, semblant neuf ralentit, stoppe à notre niveau : un jeune homme descend la vitre … je m’approche, grelotante 
« -Bonjour, on va au village !
- Montez ! Il fait beaucoup trop froid pour rester dehors ! ».
Super ! Nous partageons, le temps du lift, un petit bout de vie avec notre sauveur d’un soir. Lui , vient de l’état de New-York et est ici pendant la coupe du monde de ski qui se déroule à la station  du village ce week end. Il n’est pas un compétiteur mais il fait partie de l’une des équipes.

Il est temps, une fois de plus, de refaire les valises. Demain, nous quittons les Rocheuses.

Chaque année Calgary accueille le Stampede et des spectacles de rodéo. Pendant une dizaine de jours la ville est métamorphosée : Santiags et Stetson sont de rigueur ! Au moment où nous passons, la ville est comme endormie … Tout le monde parle du Stampede comme de l’unique attraction de la ville. « Dommage, c’est en été, vous allez le louper » nous répète-t-on souvent !

Nous nous acquittons des 17$ demandés et montons dans la Tour de Calgary. À 191 m du sol et guidées d’un audio-guide nous découvrons les anecdotes que la ville garde comme un secret .… pour touristes.  Nous apprenons que Calgary est appelée la ville des vaches à cause du Stampede qui la fait connaitre au delà des frontières ; que c’est la ville la plus ensoleillée du Canada ; que le vent chaud du Chinook peut augmenter la température de 30°C en quelques heures seulement. Nous découvrons aussi des détails croustillants : comme Cal Cavendish qui, en planeur, a fait une attaque de fumier sur la ville en 1970. Ou encore cet éleveur qui, chaque année lors du Stampede, fait monter son cheval dans le vertigineux ascenseur de la tour de Calgary … Une attraction unique pour les touristes !

Nous empruntons Stephen Avenue, la plus vieille rue de la ville avec ses bâtiments d’époque ; nous apprécions les vieilles pierres qui gardent un charme tout particulier au milieu des buildings.

3 jours plus tard nous prenons la route pour Edmonton, capitale de l’Alberta.
Tout comme Calgary, nous remarquons que la ville a gardé quelques bâtiments d’époques, souvent construits en briquettes rouges d’ailleurs, qui donne un petit supplément de vie, construit au pied d’immeubles de verre. Nous profitons de notre séjour à Edmonton pour mettre les pieds dans le plus grand mall de l’Amérique du Nord, le WEM (West Edmonton Mall). 800 boutiques, une vingtaine de restaurants, une patinoire, des salles de cinéma, une piscine à vagues, un otarie qui fait des shows pour les enfants, des montagnes russes .. You name it !
Noël approchant nous profitons d’être dans le plus grand mall d’Amérique du Nord pour remplir notre hotte de petits cadeaux pour notre prochaine famille.

 

C’est chez Nikki et Alan que nous posons nos valises pour les prochaines 4 semaines. Ils nous accueillent littéralement au beau milieu de nul part. Même le facteur ne se déplace pas puisqu’aucune adresse n’est liée à leur propriété … Juste des données géographiques et même notre bon sens de l’orientation ne nous permet pas tout le temps de nous retrouver dans ces paysages plats, blancs et les routes tracés au cordeau.

Nikki et Alan ont 9 patous des Pyrénées pour pour protéger les 260 moutons d’Alan. Nikki s’occupe d'une pension pour 8 chevaux, 1 poney, 2 vaches … ah oui, et 2 chiots.

Tous deux nous ouvrent leur porte … et leur coeur. Juliette et moi aidons Nikki dans ses taches quotidiennes et prenons en charge la décoration d’un bureau qu'ils utilisent au moment de l’agnelage. Un chouette projet qui, on le sait, est très apprécié de nos hôtes.
Arrive déjà le 15 décembre.  Flashback : l’année dernière j’étais en Ontario pour souffler mes 22 bougies. 1 an et 30 000 kilomètres plus tard, je fête mes 23 ans entourée de Nikki, Alan et Juliette dans un restaurant de Watrous. C’est incroyable.  Les jours suivants, entre filles, nous décorons la maison. Ici Noël se fête en famille et surtout en lumières. Des guirlandes lumineuses sont installées en nombre à l’intérieur et à l’extérieur. C’est beau. C’est chaleureux et ça fait briller les yeux de notre hôte pour qui Noël est un peu plus qu’une réunion de famille. D’ailleurs toute la journée du 24, elle cuisine tout un tas de petits mets que nous dégusterons dès le lendemain avec sa fille et son compagnon. C’était DE_LI_CIEUX. Evidemment, elle prend le soin de préparer aux animaux un petit repas de noël agrémenté de bacon et de dinde ! Tous deux aiment tellement leurs animaux … c’est trop mignon !

Un peu plus grande que la France, la Saskatchewan compte seulement 1,13 millions d’habitants. A 5h de route de Regina, capitale de la Saskatchewan, Saskatoon y est la plus grande ville de la Province. Les paysages sont désertiques et tellement plats (bien que le point le plus haut entre les Rocheuses et le Quebec se trouve au sud de la province et culmine à 1468m). On dénombre ici plus de 10 000 lacs et rivières.  L’eau est claire ; il se dit qu’elle est l’eau la plus douce du monde. Les terres de l’ouest canadien sont presque exclusivement consacrées à l’agriculture et l’élevage. La Saskatchewan, quasiment au centre du pays, ne déroge pas à la règle. La province est d’ailleurs la première exportatrice au monde de Potasse (nutriment clé pour la croissance des plantes)

Le 27 décembre arrive très vite ; les valises sont bouclées pour un nouveau départ .. et quel départ !

C’est avec beaucoup de respect, de douceur et de joie que ce couple nous a accueillies et, une fois de plus, c’est un crève-coeur de quitter cette famille du bout du monde.
Alors que nous devions quitter la Saskatchewan en train le 27 décembre 2015 à 10h51 (pour être précise), notre train est arrivé en gare de Watrous, SK qu’à 16h30. Comme une fleur. Les rails n’appartenant pas à la société de transport Via Rail, il est courant que les trains de passagers aient plusieurs heures de retard puisqu’ils doivent céder la priorité aux spectaculairement longs trains de marchandises !
Il n’ y a pas d’abri et le thermomètre annonce -23°C et un vent glacial. Gentiment Nikki et Alan decident de rester avec nous et nous gardent au chaud ! C’est là, sur le quai de Watrous au beau milieu de nulle part en seront Nikki et Alan dans mes bras que je réalise que cette famille sera la dernière de mon aventure et qu’elle marque également la fin de mon voyage au Canada.

C’est un voyage de 46 h qui nous attend. Le train, c’est luxe pour rejoindre Toronto où j’ai prévu de m’arrêter quelques heures. C’est aussi là que Juliette descend, et ce stop marque la fin de notre binôme. 72 jours de rigolades et de coups de gueule mais aussi et avant tout, de complicité ! Je laisse ma petite Juliette aux portes de Toronto que j’ai eu la chance de visiter il y a déjà plus d’un an.
Je reprends la route en train vers Montréal et me prépare dès le lendemain à prendre un avion pour un retour à la maison dans le plus grand des secrets.

 

Si j’avais annoncé une surprise de taille lors de ma dernière Newsletter, les rumeurs sont allées bon train : un départ pour la Nouvelle Zélande ? Un nouveau travail au Canada ? Un prolongement de visa ? …

Il n’en est rien. Je rentre à la maison !

L’idée était simple : rentrer en France, retrouver mon frère à Paris, retourner vers les Pyrénées avec la ferme intention de surprendre nos parents et tout ça dans le plus grand des secrets.
Car oui, si tout cela parait bien simple, il n’en est rien … De quelle ville partir ? Où arriver ? Quand partir exactement (Noël / Jour de l’an ..) ? J’en parle avec Cédric mon grand frère qui depuis la France m’aide à planifier ce grand voyage. Nous nous mettons d’accord sur un plan et une date et la surprise prend doucement forme.

Mais voilà … Toute cette belle surprise impliquait d’imaginer le plus gros des mensonges afin que mes parents ne se doutent de rien. Et c’est ici que ça devient fun !
J’ai passé les 9 dernières semaines à inventer des départs, des arrivés, des visas, des plans des familles d’accueil imaginaires .. Bref, un peu comme une romancière j’imaginais la suite d’un voyage qui n’existerait jamais : j’ai réussi à récupérer et grossièrement falsifier un visa de travail néo-zélandais, le même que celui que j’aurais (pour de vrai cette fois-ci) dans quelques mois. Il ne me restait plus qu’à l’envoyer à mes parents, comme un sésame m’offrant l’accès à l’hémisphère Sud ! Mon plan marchait comme prévu. Il me fallait trouver une excuse pour quitter la Saskatchewan si tôt, prendre l’avion et arriver en France sans éveiller le moindre soupçon.

J’ai donc entretenu une fausse correspondance avec « ma prochaine » famille franco-canadienne, Geneviève et Jill, un couple de quadras expatriés et leurs 4 enfants, vivant à Ottawa et cherchant quelqu’un pour aider aux taches ménagères.  Quasiment schizophrène à mes heures, j’inventais des problèmes et des solutions imaginaires et envoyais, de temps en temps une capture d’écran de ces ‘faux échanges’ à mes petits parents, enchantés de la suite prometteuse de mon voyage ! Une famille d’Ottawa et moi dans un train pour Montréal ?? … Pas de problème ! Je suis l’auteur de mon histoire et de cette supercherie alors qu’à cela ne tienne. Je justifie l’injustifiable par une vieille promesse faite aux enfants. Pourquoi pas ? Tout est possible après tout.

 

Vous vous en doutez, voilà plus de 2 mois que j’ai en tête mon retour en France et l’organisation qui en découle.

Mon coeur et mon esprit sont déjà en France alors bien que je sois ravie de retrouver mon frère, mes parents, ma famille et mes amis je réalise au fil des « inventions » que je dois faire, que la fin s’approche. C’est la fin. Ces 14 mois ont passé vite finalement. Comment ne pas ressentir déjà de la nostalgie ! Je suis prête à dire au revoir aux grands espaces, aux forêts de sapins verts, au sirop d’érable et à l’argent en plastique ! A toute cette liberté. Je tire ma révérence à ce beau pays que j’ai eu le chance de parcourir pendant 420 derniers jours. Mais tout ceci n’a rien de définitif. Je le sais, je le sens. Je reviendrai … Au plaisir de te retrouver Canada.

Je retrouve mon frère à l’aéroport Charles de Gaulle comme si je l’avais quitté la veille. Nous reprenons la conversation là où nous l’avions laissée.
Je repose les pieds sur le sol français que j’ai quitté il y a tout juste 14 mois. J’ai l’impression de n’avoir jamais vraiment regardé Paris, ses rues, son architecture, je pose un oeil nouveau sur « ma » capitale. Cédric et moi empruntons le Pont du Carrousel puis arrivons au Louvre d’où des centaines de touristes immortalisent, en quelques clichés, la Pyramide de verre … Nous traversons cette fourmilière et arrivons lentement au jardin du Palais-Royal, plus éloigné, plus au calme. le Passage Choiseul n’est qu’à quelques pas. Nous le franchissons. Cédric me raconte les anecdotes des quartiers que nous traversons. Il semble être imprégné de cette ville. Nous continuons vers les rues Montorgeuil, Greneta, Saint-Denis et arrivons aux Halles pour finalement rallier le quartier Saint-Germain. Je n’avais jamais trouvé Paris aussi belle ! Nous récupérons de quoi manger et rejoignons le petit studio de Cédric, rue Bonaparte. Demain nous prenons le train à 10h30, autant être en forme.

J’ai tellement imaginé retomber dans les bras de mon frère, de mes parents et retrouver ma petite Ariège … un peu changée, mais je me disais « je rentre à la maison. Je connais la culture, les gens. C’est mon pays, j’y ai vécu toute ma vie, je le comprends et j’y suis bien » … Eh bien j’étais loin de la vérité ! TOUT a changé.  Pas dans un mauvais sens … mais tout est …très différent. Ou peut-être est-ce moi qui ai changé ?

Je pensais retrouver, d’autant plus que c’est pour une période courte, la vie que j’avais laissée en partant. La claque de mon premier rendez administratif m’a remis les idées au clair puisqu’on ma clairement dit : « ça ne sert à rien d’essayer de forcer le processus, car c’est bien beau de voyager, mais vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez ! » alors que je mettais juste à jour ma carte vitale dans une borne pour régulariser ma situation. Je me suis sentie, l’espace d’un instant comme un ennemi, une sorte de terroriste qui chercherait à se battre contre le système, Mon crime ? Avoir demandé l’impression d’une attestation ! J’étais larguée dans mon propre pays !

 

Enfin, en 14 mois, je appris à vivre et aimer vivre à un autre rythme. Ma vie est différente, jalonnée de rencontres, de découvertes et de possibles à ne plus savoir qu’en faire. Je me connais mieux, je me fais confiance et je réalise que je suis capable de faire une multitude de choses. Je me sens plus forte, J’ai appris tellement sur moi en ayant passé 88 heures dans un bus, parcouru plus de 40 000 kilomètres, vécu dans 9 familles différentes, appris à m’adapter aux coutumes de 6 provinces, 2 pays, 2 états. J’ai perdu ma route et l’ai retrouvée des dizaines de fois, j’ai affronté 2 blizzards et des températures allant jusqu’à -42°C. Aujourd’hui, je me sais forte, capable d’affronter tout ça seule. Je suis en pleine possession de mes moyens et je crois que rien est perdu ou gagné d’avance. Que chacun de nous peut beaucoup.

 

Le regard de mes parents lorsque j’ai franchi le seuil était incroyable. Surpris. Stupéfaits, choqués de me voir à Varilhes alors qu’ils m’imaginaient à plus de 6 000 kilomètres adoptant les usages d’une nouvelle famille. Le plan a fonctionné jusqu’au bout et la surprise était magique. C’était un moment très fort en émotion. Mais voilà plus de 3 semaines que je suis rentrée et j’ai déjà des démangeaisons. J’adore mon petit patelin et j’adore tous ces moments que je partage avec ma tribu mais je ressens déjà l’envie de repartir. Pas pour fuir, mais pour retrouver une nouvelle dynamique qui me permettra de déployer encore un peu plus mes ailes. Il se dit que rester c’est exister et que voyager c’est vivre … Alors j’ai décidé de suivre ce chemin !

« Maman, je pars à l’autre bout du monde » en Nouvelle Zélande pour être exacte. Une nouvelle année de beauté, de rencontres et de magie m’attend. J’ai déjà commencé les démarches et espère reprendre la route au plus tard entre Avril et Mai.

En bonus ce mois ci,

je vous invite de visionner ces 6 minutes d'interview pour le journal en ligne Azinat, partenaire du Projet52.

Moment partagé au côté de Laurence Guerrey avec qui j'ai eu le plaisir de partager mes 14 mois d'aventure Outre-Atlantique.